Film : Français Date de sortie : 2012-04-18
Genre(s) : Documentaire
Réalisateur(s) : Camille Mauduech
Acteur(s) : Camille Mauduech, Ludovic Naar, Camille Mauduech, Bénédicte Teiger
Durée 02:08
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21-06-2012 | Années 60. La Martinique, ancienne colonie devenue département français d’outremer en 1946, s’enlise dans un "indéfectible attachement à la France" alors que le grand souffle des luttes d’indépendances s’étend à travers le monde. La guerre d’Algérie portée sur le territoire français contraint de se positionner, de s’engager.Une affiche aux couleurs chatoyantes apparaît au petit matin du 23 décembre 1962 sur tous les murs des bâtiments publics, écoles, commissariats, mairies, églises en tout point de la Martinique. Cet affichage massif, clandestin et nocturne porte en lettres capitales un slogan incantatoire "LA MARTINIQUE AUX MARTINIQUAIS". Le signataire, l’OJAM, Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique, affiche ainsi sa volonté nationaliste. Cette organisation de jeunes gens serait pilotée par des étudiants et des personnalités intellectuelles de la diaspora antillaise à Paris, séparatistes et intouchables, préparant la lutte de libération nationale avec le soutien logistique du FLN, fraîchement victorieux en Algérie. Le mouvement porte le spectre des évènements algériens, le gouvernement gaulliste doit mettre un terme à une possible "fellaghalisation" des Antilles.Dix-huit jeunes "ojamistes" martiniquais dont cinq membres du Parti Communiste Martiniquais sont inculpés en février 1963 pour complot et atteinte à l’intégrité du territoire national, en d’autres termes de volonté séparatiste.
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La réalisatrice précise qu'elle ne voulait pas de narrateur omniscient pour servir son propos. Le film s'organise donc essentiellement autour d’une colonne vertébrale tenue par les récits des témoins directs, ojamistes emprisonnés, membres du FAGA et de l’AGEM, qui s’imposent, au fil de leurs témoignages, comme les véritables narrateurs du film, en mettant en lumière la "face cachée" de l'histoire.
Comme le souligne la réalisatrice, la question du nationalisme aux Antilles, problématique centrale de son documentaire, se retrouve dans la construction même du film où apparaissent les non-dits, les contradictions et les dissensions, le tout grâce à divers procédés de mise en scène : montage en contrepoints, en parallèle, en complémentarité, etc.
Même si le titre sous-tend l'idée que le film s'axe essentiellement sur la question martiniquaise, la réalisatrice explique qu'elle a cherché à créer des ramifications entre divers évènements historiques. Elle déclare : "Il y a donc une interface forte entre Paris, la Martinique et l’Algérie qui fait tout l’intérêt de cette histoire."
La cinéaste révèle qu'elle s'est volontairement éclipsée du support filmique. Refusant toute forme d'implication de sa part à l'image, elle justifie ainsi son absence : "L’absence de voix-off implique le spectateur dans le film, il fait les liens, hiérarchise l’information, décèle les récits énigmatiques et bâtit son opinion, une mise en débat se profile, pas une leçon d’histoire sociopolitique". Son but est donc de laisser une certaine latitude au spectateur en évitant de lui asséner des vérités, et ce dans le but de garder une place importante au débat.
Camille Mauduech se défini comme une réalisatrice engagée qui se bat pour faire disparaître tous les clichés dont sont victimes les Antillais : "Il persiste une quantité incroyable de clichés et d’images toutes faites sur les Antilles et les Antillais : des images à condamner, à combattre, à éradiquer", s'insurge-t-elle.
La réalisatrice Camille Mauduech considère que son travail de cinéaste, aujourd’hui, doit être "utile", c’est-à-dire apporter réellement quelque chose dans le devoir d’histoire, de mémoire, et par là même dans le débat de l'identité.